Tambien la Lluvia, une histoire de Bolivie

tambien la lluvia


Voyager à travers le monde, à travers les époques et l’histoire aussi, c’est la chronique culture que j’ai envie de vous proposer depuis un moment avec un film que je trouve fantastique à de nombreux égards : Tambien la Lluvia (Même la Pluie) réalisé par Icíar Bollaín avec un scénario de Paul Laverty.

Tambien la Lluvia, un film pour dénoncer

L’histoire se déroule en 2000 à Cochabamba en Bolivie, pendant la « guerre de l’eau », un mouvement social visant à empêcher le gouvernement de privatiser l’eau.

Sebastián, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes de Bolivie pour entamer le tournage d’un film sur la rencontre entre Christophe Colomb et les peuples indigènes du « Nouveau Monde ». Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants, Daniel, contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastián se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence.

Tambien la Lluvia n’est pas seulement un film pour dénoncer la lutte des boliviens pour continuer  à avoir accès à une ressource naturelle, c’est également une œuvre pleine de métaphores, de profondeur, de parallèles, qui mérite d’être vue et revue pour repérer et comprendre la complexité des différents thèmes abordés. Ces thèmes sont traités grâce à une fantastique mise en abyme qui permet de faire des parallèles entre les deux époques principales du film: le XVIème siècle et le monde actuel.

Les parallèles historiques

Le film dénonce aussi et surtout la difficulté qu’ont les hommes à ne pas reproduire les mêmes schémas de domination. Alors qu’au XVIème siècle les espagnols étaient à la recherche d’or et d’autres ressources, la production du film n’a qu’une obsession: s’enrichir et dépenser le moins possible en sous payant les acteurs locaux. Ce genre de parallèle historique agit un peu comme un fil rouge tout au long de Tambien la Lluvia de façon subtile et implicite pour amplifier les paradoxes des personnages. Par exemple, Sebastián, le réalisateur qui apparaît plein de bonnes intentions et qui est fasciné par la lutte de Montesinos (le prêtre qui dénonça l’exploitation et les injustices faites aux indiens), est témoin de la lutte de la population contre la privatisation de l’eau pendant le tournage mais accorde un salaire de misère à ses acteurs. Son attitude est complètement paradoxale: il veut dénoncer l’exploitation des indiens par les colons, mais lui-même les exploite.

Autre parallèle frappant concernant la spoliation des richesses. Autrefois, les colons leur ont volé leurs terres et leurs richesses, aujourd’hui, c’est l’eau, élément vital, que le pouvoir veut leur voler. Dans le film, Daniel explique: ‘Les Indiens paient toujours le prix fort, nous allons survivre, comme toujours, c’est là que nous sommes les plus forts’. Les indiens résistaient au colon envahisseur, aujourd’hui ils résistent en protestant dans la rue. Les colons espagnols ont méprisé, torturé et tué les indiens, l’équipe du film et en particulier Costa, le producteur les méprise ouvertement.

Les dénonciations et les questionnements dans ce film sont encore nombreux: le pouvoir de l’argent, les problèmes sociaux en Bolivie, la mondialisation meurtrière, les questions d’adaptation cinématographique, l’intégrité des réalisateurs etc…

Ma scène culte

J’ai envie de finir en vous décrivant une scène de Tambien la Lluvia qui est de loin ma préférée tellement sa portée historique et culturelle est grande. C’est la toute première scène que l’on voit dans la bande annonce, dans laquelle une énorme croix en bois attachée à un hélicoptère survole les montagnes boliviennes, comme un prélude à l’évangélisation massive des amérindiens, comme pour saupoudrer sur le moindre individu les poussières du christianisme, comme pour effacer d’un seul geste les richesses de leurs cultures… Plus tard, on peut voir Costa soulever avec ardeur cette lourde croix pour qu’elle surplombe ces paysages boliviens…

Un film d’une profondeur bouleversante, qui nous fait incontestablement voyager à travers l’histoire des peuples amérindiens et la lutte de l’eau qui a réellement bouleversé la Bolivie des années 2000. A ne pas rater !

Je suis très curieuse de savoir ce que vous en avez pensé, n’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire !

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