Assistante de français au Canada, retour sur mon expérience

Avant d’enseigner l’anglais en France, j’ai eu l’opportunité d’enseigner le français au Canada. Grâce au programme des assistants de langue du CIEP, j’ai pu passer une année dans la ville de Québec  en 2010 après avoir obtenu ma licence d’anglais. J’avais envie de vous parler de cette année en tant qu’assistante de français en vous racontant le bon comme le mauvais. J’ai passé de très bons moments et fait de belles rencontres mais j’ai aussi été déçue professionnellement. J’espère que ce petit retour en arrière vous servira si vous envisagez d’être assistant de langue au Canada ou ailleurs et qu’il vous permettra d’éviter certains écueils. 

Assistante de français au Canada: les prémices

Voici en deux mots (je vais essayer de ne pas trop entrer dans les détails de la procédure à effectuer pour s’inscrire en tant qu’assistant de français) comment les choses se sont passées et pourquoi j’ai participé à ce programme.

En 2005 déjà, j’avais très très envie de vivre au Canada et je m’étais penchée sur le PVT. Le célèbre forum consacré au PVT Canada n’en était qu’à ses débuts puisqu’il avait été crée par Mathieu quelques mois avant mon inscription. Je passais des heures à lire les premières expériences de pvtistes, les conseils, les procédures etc… et tout ça me faisait rêver ! J’épluchais les petites annonces sur Kijiji pour avoir une idée du prix des logements et j’ai même postulé à un emploi de vendeuse en bijouterie.

Malgré mon enthousiasme, j’ai préféré me concentrer sur ma licence d’anglais et c’est comme ça qu’est finalement né mon intérêt pour le programme des assistants de langue. Pendant mes études, ce programme m’a paru beaucoup plus avantageux qu’un PVT puisque j’étais sûre d’avoir un travail sur place pour toute la durée de l’année scolaire. Le revers de la médaille étant que je ne pouvais pas me déplacer comme bon me semblait puisque j’étais tributaire des vacances scolaires pour découvrir la région. Cela étant dit, l’inconvénient était minime car j’ai adoré vivre à Québec et je prenais beaucoup de plaisir à découvrir la ville un peu plus chaque jour.

C’est au début de mon année de master 1 que j’ai participé à la réunion des assistants de français organisée à la fac par le département d’anglais et que je me suis inscrite au programme. Une fois l’entretien avec les profs passé et toutes les démarches effectuées, il suffisait d’attendre l’année entière pour avoir une réponse. Plus la fin de l’année approchait et plus l’excitation montait, jusqu’à ce fameux coup de fil que je n’oublierai jamais. C’est par une belle journée de printemps que j’ai écouté un message sur mon répondeur laissé quelques minutes auparavant. J’ai mis quelques secondes avant de comprendre de quoi il s’agissait (à cette période de l’année, j’étais plus préoccupée par mon mémoire que par autre chose…) avant de pousser un hurlement de joie en pleine rue lorsque j’entendis ma conseillère québécoise m’annoncer mon affectation. C’était le début de l’aventure !

Le grand départ

Si je me souviens bien, j’avais choisi plusieurs provinces lors de la constitution de mon dossier, dont le Québec, où j’ai été affectée. Nous étions seulement 4 assistants français dans tout le Québec et j’ai été très chanceuse puisque j’ai fait partie des 2 à avoir un poste dans la capitale ! J’étais très enthousiaste et j’avais hâte de découvrir le nouvel environnement dans lequel j’allais évoluer pendant une année scolaire. La conseillère au Québec qui était en charge des assistants nous envoyait des emails régulièrement pendant l’été avec toutes les informations et les démarches à effectuer une fois sur place. Tous les assistants de langue affectés au Québec (britanniques, allemands, français, mexicains) devaient se retrouver début août pour suivre une formation du MELS (Ministère de l’Education du Québec en charge du programme des assistants de langue sur place) à Montréal.

Puis, tout s’est enchaîné assez vite: les derniers oraux à la fac, la fin de mon job étudiant au labo de langues, l’achat de mon billet d’avion et le grand départ ! Je suis arrivée au début du mois d’août à Montréal où j’ai passé 2 jours dans un bel hôtel en compagnie de l’équipe du MELS et des dizaines d’autres assistants. La formation est axée sur notre rôle en tant qu’assistant de langue, une excellente transition avant le début de l’année scolaire.

A la fin de ces deux journées très instructives et pleines de rencontres, c’est en car que nous avons rejoint nos villes. Après quelques heures de trajet, j’arrive enfin à Québec et en attendant de trouver mon chez moi, j’ai passé une petite semaine chez une prof de maths de l’école, dans un quartier résidentiel très semblable à Wisteria Lane ! Après quelques recherches sur kijiji et 3 visites, j’ai pu poser mes valises dans un joli petit appart avec balcon sur la rue Saint-Joseph Est, une des artères principales du quartier Saint-Roch. Je suis tombée amoureuse de ce quartier, j’en garde d’excellents souvenirs.

Assistante de français: le travail

Etre assistante de français est la meilleure expérience que j’ai pu avoir pendant que j’étais étudiante.

On passe une année dans un pays de son choix (bien souvent les étudiants en anglais choisirons un pays anglophone, les étudiants en espagnol, un pays hispanophone etc… mais ce n’est pas une obligation).

On a un salaire régulier pour l’année entière. En étant assistante de français au Canada, j’ai pu vivre très confortablement. J’ai pu par exemple m’acheter un nouveau pc portable, un reflex, revenir en France à noël, partir en vacances à Cuba ou passer un weekend à New-York. C’est surtout une expérience professionnelle valorisante.

 Grâce à un emploi du temps léger d’environ 16h /semaine, j’avais le temps de visiter les alentours.

 Le travail d’un assistant est passionnant ! Notre rôle en tant qu’assistant de français est d’améliorer les compétences des élèves principalement à l’oral en les familiarisant avec la culture de notre pays. Les séances avec l’assistant de français doivent apporter une dimension ludique et culturelle et encourager la prise de parole des élèves. C’est cet aspect culturel qui m’a incitée à m’inscrire au programme, mais malheureusement, mon expérience a été tout autre.

C’est donc à l’école secondaire Saint-Patrick, une école anglophone (d’où l’intérêt d’y avoir une assistante de français) que j’ai passé mon année. L’enseignement va de la secondaire 1 (classe de 5ème) à la secondaire 5 (classe de 1ère), les élèves ont donc entre 12 et 17 ans. Je m’attendais à ne voir que des élèves complètement anglophones, mais ce n’était pas le cas. Certains d’entre eux étaient bien sûr uniquement anglophones, mais beaucoup étaient bilingues, ce qui est logique finalement puisqu’il vaut mieux savoir parler français quand on vit à Québec. J’avais une petite salle rien que pour moi, avec des tables disposées en U, qui pouvaient accueillir moins de 10 élèves.

Bon, entrons dans le vif du sujet de manière concrète: le job. Eh bien pour être franche, je n’ai pas aimé et je ne me suis pas beaucoup épanouie dans ce travail. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’école utilisait (je vous expliquerai après pourquoi j’emploie le passé) les assistants pour faire uniquement de l’aide personnalisée en FLE/FLS (Français Langue Etrangère / Français Langue Seconde), avec les élèves en grande difficulté ou ayant un trouble particulier (élèves dysphasiques, dyspaxiques, dyslexiques). Et quand on n’a jamais fait de FLE et qu’on n’a aucune compétence pour aider des élèves ayant des troubles nécessitant une aide particulière, c’est très difficile. Je rencontrais souvent les assistants allemands, britanniques ou mexicains, qui eux, faisaient un vrai travail d’assistant et je les enviais beaucoup. Il faut dire que je ne me suis jamais retrouvée devant une classe entière ou une moitié de classe pour faire de l’oral avec les élèves en leur apportant des connaissances sur la culture française. Imaginez un peu ma frustration. J’ai même pensé arrêter en cours d’année, mais vivre au Québec m’a tellement plu que j’ai patienté.

J’ai tout de même échangé quelques mails avec le responsable du programme au MELS à la fin du mois de mars pour lui exposer la situation. Il m’a avoué que l’autre assistant de français qui se trouvait aussi dans la ville de Québec était dans la même situation. Selon lui, ce problème était récurrent au Québec: les écoles utilisaient les assistants pour faire un travail d’aide personnalisée et de soutien scolaire. Il m’a d’ailleurs confié par mail que l’année suivante, l’école n’aurait plus d’assistant.

Et effectivement, j’en ai eu la confirmation de la part de la responsable du programme au CIEP, le Québec ne fait plus partie du programme.

Epilogue

Il est important de communiquer avec les enseignants si vous rencontrez la moindre difficulté, puis, avec un responsable sur place si le problème ne se règle pas. Dans mon cas, malgré mes multiples demandes, aucun effort n’a été fourni par l’école. Cela dit, les enseignants étaient très sympas et j’avais de bons rapports avec eux. Certains m’ont avoué une chose assez hallucinante: ils ne savaient même pas en quoi consistait réellement le rôle d’un assistant de français. Pour eux, il était surtout là pour pallier le manque d’éducateurs spécialisés. Je trouve que ce problème est dû à un manque de communication évidente entre les écoles et le MELS, qui nous a répété sans cesse pendant nos formations ce que nous devions faire et ne pas faire. Pendant des années, les 2 écoles de Québec qui accueillaient des assistants de français étaient complètement à côté de la plaque !

Même si le travail ne correspondait pas à mes attentes, j’ai acquis par la force des choses des bases dans l’enseignement du FLE/FLS en apprenant sur le tas et en chopant des tonnes d’infos sur le point du FLE, mon site chouchou sur lequel j’ai passé des heures !

Quant au voyage en lui même et à ma vie à Québec, j’ai tout simplement adoré et il me tarde d’y retourner pour y passer quelques jours, quelques semaines…et découvrir d’autres provinces canadiennes… probablement d’ailleurs au courant de cette année, mais chuuuut !! Je ne vous en dis pas plus pour l’instant !

Si vous avez été assistant(e) de français au Canada ou n’importe où dans le monde, dites-nous tout en commentaire ! Où ? Avez-vous renouvelé l’expérience ? Est-ce que votre job vous plaisait ?

8 Comments

  • J’attendais impatiemment cet article ! Le Québec ne fait en effet plus partie du programme… et désormais il n’y a que des universités qui participent. Par contre, les affectations sont un peu hasardeuses. Avec un des meilleurs dossiers des 25 admis (deux licences, en master 2 de FLE, trois ans d’expérience pro dans l’enseignement) j’ai eu une affectation très moyenne au Manitoba. Le job n’a pas changé ma vie (et d’ailleurs il est interdit de renouveler) et je me suis vraiment ennuyée (j’avais 3h de de cours de conversation par semaine et 1h de grammaire) mais j’ai adoré le Canada et ma petite ville. Mon propre bilan est ici :
    http://cupsofenglishtea.com/mon-job-lectrice-universite-canada/
    Kenza Articles récents…Good morning BudapestMy Profile

    • Merci Kenza pour ton retour ! Concrètement, on peut avoir de sacrés surprises par rapport au travail, ce n’est pas toujours très passionnant, heureusement que le Canada est un beau pays et qu’il donne envie d’y rester ! En revanche en étant à l’université, l’emploi du temps est super léger, ça devait être top pour découvrir la région ! En tout cas, j’ai hâte d’aller lire l’article sur ton expérience !

  • Wow! Enfin des témoignages sur les assistants de français au Canada, merci les filles 🙂 Autant il y a plein de groupes Facebook et autres témoignages pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni etc mais pas grand chose sur la terre des Caribous malgré mes recherches! Le CIEP m’a gentiment renvoyé vers leur site et leur page Facebook suite à mon email pour en savoir plus.
    Faut dire que vos expériences me refroidissent un peu quand même… Le travail n’a pas l’air très passionnant en effet, mais il est clair que c’est une expérience à vivre, et même s’il n’y a que 22 postes, je tenterai ma chance!
    J’ai une petite question plus spécifique par contre, vous pourrez peut-être m’aider… Je suis en couple depuis 5 ans et j’envisage de faire cette expérience à 2 (lui cherchera un travail autre bien sûr), est ce que vous pensez que c’est faisable d’un point de vue organisation/démarches ou ça va être très compliqué?!
    Merci d’avance.

    • C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de témoignages, je me souviens aussi avoir eu du mal à en trouver à l’époque. Il y a par contre le groupe Facebook « Assistants de langue française du CIEP au Canada » (dans lequel je suis inscrite) qui pourra t’éclairer sur certains points et où les membres pourront répondre à tes questions.
      Même si professionnellement, mon expérience n’a pas été très épanouissante, j’ai adoré mon année dans cette région car heureusement, il n’y avait pas que le boulot. Il faut que tu tentes, le boulot est probablement mieux dans d’autres écoles. Si ce n’est pas le cas, tu devras en parler rapidement aux profs et aux responsables du programme.
      Pour ce qui est de ton copain, je ne sais pas trop quoi te conseiller. Il peut toujours tenter le PVT, même si les places sont chères. Ce qui est sûr c’est que pour travailler au Canada, un visa de travail est obligatoire. Je vous conseille de visiter le site d’Immigration Canada, vous trouverez toutes les solutions pour y vivre et y travailler: http://www.cic.gc.ca/francais/

  • Super Souroure! C’est exactement ce que je cherchais. J’ai parcouru le groupe Facebook, y’a plein d’infos. On va examiner tout ça. Je te remercie mille fois 🙂

  • Hello !
    Je ne lis que maintenant ton article sur l’assistanat, après avoir lu celui sur ton départ en pvt (top!). En fait j’ai été très surprise qu’il y ait des postes au Québec ! J’avais hésité à faire un an d’assistanat au Canada (plutôt en université) ou un an de bourse fle avec campus France en Europe de l’est (j’ai choisi la 2e option). Mais l’envie de retourner au Canada et particulièrement au Québec ne me lâche pas ! (J’ai fait un m1 à Montréal et j’ai adoré) Je ferai peut être ça dans un an… mais les retours que j’en ai eu ne sont pas très positifs :/
    En tout cas je suivrai tes nouvelles aventures au Canada avec intérêt !
    Bonne continuation
    Alexandra

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